Le terrassement décide
de tout ce qui viendra après
Le terrassement d’une maison, d’un bâtiment ou d’une plateforme consiste à passer du terrain tel qu’il est aujourd’hui au niveau prévu par le projet. Entre les deux, il y a un volume de terre à déplacer, une surface à régler et un sol d’assise à reconnaître. C’est ce dernier point qui décide de tout le reste.
Un terrassement se juge sur ce qu’on ne voit plus une fois la dalle coulée. La portance d’une plateforme se mesure et se classe, de PF1 à PF4 : annoncer une classe visée, c’est annoncer un résultat vérifiable plutôt qu’une intention. Sous un dallage, le NF DTU 13.3 demande un module de déformation d’au moins 30 MPa/m, contrôlé à l’essai à la plaque, et une couche de forme d’au moins 20 cm en grave 0/31,5 lorsqu’un renforcement s’impose.
Ici, ce n’est pas le gel qui commande la profondeur des fondations, c’est l’argile. Nos communes sont classées en aléa moyen à fort de retrait-gonflement, ce qui porte l’ancrage à 0,80 m, voire 1,20 m, là où la seule profondeur hors gel s’arrêterait à 0,50 m. Sur des sols qui mêlent calcaire dur, poches d’argile et sables tertiaires, un chiffrage établi sans être venu sur la parcelle est un chiffrage qui sera repris.
Le dernier enjeu est économique. Une terre extraite occupe environ 25 % de volume de plus qu’en place : chaque mètre cube réemployé sur site est un mètre cube qu’on ne charge pas, qu’on ne transporte pas et qu’on ne rachète pas ailleurs. Nous établissons le bilan déblais-remblais avant d’ouvrir le chantier, pas au moment de la facture.
Oui, et elle intervient dès la conception, pas après le premier coup de godet. L’étude géotechnique identifie la nature des couches, la présence d’eau et le niveau d’assise. C’est d’elle que se déduisent la profondeur d’ancrage et le mode de fondation. Nous la lisons avec vous avant de chiffrer : sans elle, on devine.
La profondeur hors gel est de 0,50 m en Dordogne et dans le Lot, mais ce n’est presque jamais elle qui commande. Le retrait-gonflement des argiles porte l’ancrage minimal à 0,80 m en aléa moyen et 1,20 m en aléa fort. Gourdon et Salviac sont classées en aléa fort ; Sarlat-la-Canéda, Cénac-et-Saint-Julien et Florimont-Gaumier en aléa moyen.
Au-delà de 1,30 m de profondeur, une fouille à parois verticales doit être soutenue dès qu’un homme y descend. Nous talutons quand la place existe, nous blindons quand elle manque, et nous ne laissons pas une tranchée ouverte plus longtemps que nécessaire : une paroi stable le matin ne l’est plus après une pluie.
Ce qui peut être réemployé reste sur la parcelle. La terre végétale est décapée séparément et mise en dépôt pour être reprise en fin de chantier. Les déblais sains partent en remblai après tri. Le reste sort, avec les justificatifs correspondants : des terres non dangereuses, à l’état naturel et réemployées sur leur site d’extraction ne sont pas des déchets, mais dès qu’une de ces conditions tombe, elles le deviennent.
Oui, avec des réserves. Un sol argileux gorgé d’eau se compacte mal et se déstructure sous les engins ; le rendement baisse et la qualité du fond de forme aussi. Nous adaptons la période aux matériaux rencontrés et nous protégeons la plateforme entre deux interventions plutôt que de la reprendre ensuite.