Du décapage à la plateforme réceptionnée : le travail du terrassier avant les fondations, en Périgord Noir et dans le nord du Lot.
0,80 – 1,20 m
20 cm
30 MPa/m
Nous ne livrons pas un trou, nous livrons une surface d’appui.
Le terrassement d’une maison consiste à passer du terrain tel qu’il est aujourd’hui — la cote du terrain naturel — au niveau prévu par le projet. Entre les deux, il y a un volume de terre à déplacer, une plateforme à régler et un sol d’assise à reconnaître. C’est ce dernier point qui fait la différence entre un chantier qui suit son calendrier et un chantier qui s’arrête quinze jours.
Le premier geste est le décapage de la terre végétale, mise en dépôt séparé sur la parcelle : elle sera reprise en fin de chantier pour les abords et les espaces verts. Vient ensuite le déblai jusqu’à la cote projet, puis l’examen de ce qui apparaît au fond. Ce dernier mètre de terrain sous la future construction — ce que le métier appelle la partie supérieure des terrassements — n’est pas un détail de vocabulaire : c’est lui qui porte la maison. Un point mou, un remblai ancien, une poche d’argile plastique se purgent et se remplacent, ils ne se recouvrent pas.
La plateforme livrée doit ensuite tenir sous la dalle. Le NF DTU 13.3, qui régit les dallages sur terre-plein, demande un module de déformation du support d’au moins 30 MPa/m, vérifié à l’essai à la plaque ; lorsqu’un renforcement est nécessaire, la couche de forme fait au minimum 20 cm en grave 0/31,5. Une plateforme, ce n’est donc pas « du plat » : c’est un niveau de portance mesurable, et nous savons à quel niveau nous le livrons.
Dernier enjeu, économique celui-là : l’équilibre entre déblais et remblais. Chaque mètre cube réemployé sur place est un mètre cube qu’on ne charge pas, qu’on ne transporte pas et qu’on ne rachète pas ailleurs. Nous établissons ce bilan avant d’engager la première pelle.
Le point technique
La profondeur des fondations n’est pas une question de gel.
En Dordogne et dans le Lot, nous sommes en zone tempérée : la profondeur hors gel est de 0,50 m. Beaucoup de gens s’arrêtent à ce chiffre. Il est presque toujours faux pour une maison.
L’arrêté du 22 juillet 2020 fixe les techniques de construction dans les zones exposées au retrait-gonflement des sols argileux. Son article 2 impose une profondeur minimale d’ancrage des fondations de 0,80 m en aléa moyen et 1,20 m en aléa fort, sauf rencontre d’un sol dur non argileux plus haut. Or Gourdon et Salviac sont classées en aléa fort à l’échelle communale ; Sarlat-la-Canéda, Cénac-et-Saint-Julien et Florimont-Gaumier sont en aléa moyen. Autrement dit, sur une grande partie de notre zone d’intervention, une fondation descend à plus du double de la profondeur que le hors-gel laisserait imaginer. Le même texte impose par ailleurs d’éloigner les arbres d’une distance égale à leur hauteur adulte ou de poser un écran anti-racines d’au moins 2 m de profondeur, d’éloigner les eaux pluviales du pourtour du bâtiment, et de couler les fondations en continu, sans dissymétrie.
À cela s’ajoute une réalité de terrain que personne ne peut lire sur une carte : nos sols ne sont pas homogènes. Sur les plateaux de la Bouriane, autour de Gourdon et de Salviac, les calcaires gréseux alternent avec des poches d’argile de décalcification. En vallée de la Dordogne, du côté de Sarlat-la-Canéda et de Cénac-et-Saint-Julien, on travaille des terrasses alluviales à portance variable, sous lesquelles le calcaire dur du Crétacé peut remonter sans prévenir. Partout, le karst — cloups, combes, vides — impose de vérifier le fond de fouille plutôt que de le supposer.
C’est pour cette raison que nous venons voir le terrain avant de chiffrer, et que nous ajustons en cours de chantier quand le sol le demande. Nos réalisations le disent mieux qu’un argumentaire : des maisons neuves photographiées du décapage à la plateforme réglée, sur des terrains qui ne se ressemblaient pas.