Un escalier de jardin ne se dessine pas comme un escalier de maison
1,50 m
12 à 16 cm
60 à 64 cm
Un escalier extérieur relie deux niveaux d’un terrain, et c’est tout ce qu’on lui demande en apparence. Dans les faits, il concentre trois problèmes que la plupart des escaliers de jardin résolvent mal : le rythme du pas, la fondation, et l’eau.
Le rythme du pas obéit à une règle vieille de trois siècles, énoncée par l’architecte François Blondel : deux fois la hauteur de marche plus le giron doit tomber entre soixante et soixante-quatre centimètres. En deçà on trottine, au-delà on force. Cette formule vaut partout, mais elle se règle différemment dehors. À l’intérieur, un escalier principal se construit autour d’une hauteur de marche de dix-sept centimètres et d’un giron de vingt-six à trente. Dans un jardin, la marche descend à douze ou seize centimètres et le giron ne tombe pas sous trente. Le corps ne se déplace pas de la même façon en extérieur qu’en intérieur : le pas s’allonge, le regard porte plus loin, et l’escalier doit suivre.
La largeur suit la même logique. Un escalier de jardin en dessous d’un mètre cinquante paraît étriqué dès qu’on y croise quelqu’un ou qu’on monte avec les mains prises. C’est une valeur de départ, à ajuster à l’usage réel et à la place disponible.
Le point technique
Nous commençons par relever la dénivelée totale et le développement disponible, c’est-à-dire la longueur au sol dont nous disposons réellement. De ces deux mesures découlent le nombre de marches et leur hauteur, qui doit être rigoureusement identique d’un bout à l’autre. Une seule marche qui dépasse les autres de deux centimètres suffit à faire trébucher, et c’est toujours la même qui fait trébucher.
Quand la pente est trop raide pour le développement disponible, il faut choisir : allonger le tracé en biais, créer un palier intermédiaire, ou reprendre le terrain. Nous le disons avant le devis, pas pendant le chantier.
Un escalier extérieur repose sur un terrain vivant, qui gonfle et se rétracte au fil des saisons. Les redans sont terrassés dans le sol en place, purgés de toute terre végétale, et la structure porteuse s’appuie sur une fondation. Un escalier posé sur remblai frais se désaligne dès la première année, et le rattrapage coûte plus cher que la fondation qu’on a voulu éviter.
Ce qui détruit un escalier extérieur n’est presque jamais le passage : c’est le gel. L’eau qui stationne sur une marche pénètre, gèle, et fait éclater le nez de marche par feuillets. Nous donnons à chaque marche une légère pente vers l’avant pour que rien ne stationne, et nous traitons le pied de l’escalier comme un point bas : s’il reçoit le ruissellement de tout le talus, il faut lui donner une sortie, au besoin par un caniveau ou un drain.
Un escalier qui traverse un talus s’accompagne souvent de murets latéraux, qui retiennent la terre de part et d’autre et donnent à l’ouvrage sa tenue visuelle. Selon la hauteur, ces joues relèvent du simple muret ou d’un véritable ouvrage de soutènement, et cela change le dimensionnement.
Nous réalisons des escaliers extérieurs à Gourdon, dont le centre ancien est classé en site patrimonial remarquable et où les travaux modifiant l’état des parties non bâties sont soumis à autorisation préalable et à l’avis de l’architecte des Bâtiments de France, comme à Salviac, Sarlat-la-Canéda et Cénac-et-Saint-Julien, où les jardins de versant imposent presque toujours de rattraper une dénivelée par emmarchement.